Les peintures murales des demeures médiévales de Cluny

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Contrairement à beaucoup d’idées reçues, les intérieurs des maisons médiévales n’étaient pas traités en pierres apparentes, mode d’ailleurs assez récente et contraire très souvent aux dispositions architecturales d’origine.

Les parois intérieures étaient alors soit badigeonnées de lait de chaux soit enduites au mortier de chaux, car le plâtre ne se généralisa qu’au du XVIIIe siècle. La couche de finition de ces revêtements, très fine, recevait dans certains cas des décors peints appelés peintures murales (le terme de fresque convenant uniquement pour les peintures murales exécutées sur un enduit frais).

À Cluny une vingtaine de décors peints ont été localisés dans la ville médiévale, dont deux ornant des plafonds. La maison des Dragons n’échappe pas à la règle et c’est avec bonheur que nous pouvons découvrir au second étage, dans la pièce sur rue, trois décors superposés.

Les décors peints dans les maisons clunisoises se composent le plus souvent de trois registres superposés. En partant du haut, le premier souligne le plafond : c’est une frise ornée de rinceaux qui court sur la totalité du pourtour de la pièce ; puis, sur presque toute la hauteur, règne un faux appareil dont les assises régulières et de forme oblongue sont séparées par des joints simples ou composés de plusieurs lignes ; l’élévation s’achève par un soubassement, figurant par exemple un faux drapé, comme à la base de certains portails de cathédrale, puis par une plinthe.

Les trois décors superposés de la salle du deuxième étage de la maison des Dragons s’échelonnent, si on prend en compte leur style, de la fin du XIIe siècle, au XIIIe, puis au XVIe siècle. Le premier décor présente un rinceau au dessin très simple, de teinte légèrement verdâtre, composant une frise sous plafond couronnant un grand appareil dont les assises sont délimitées par un joint rouge foncé.

Le second présente une frise nettement plus haute, encadrée d’une double bande ocre rouge et ocre jaune : elle est ornée d’un rinceau aux feuilles très grasses, à trois lobes, dont la naissance s’orne d’un fruit grenu. Son faux appareil est particulièrement élaboré et présente des assises délimitées par trois traits obtenus à partir de la même palette de couleur. Chaque assise abrite une fleurette et deux pastilles ocre rouge. Son registre inférieur, mal conservé, pouvait consister en un faux drapé.

Le troisième décor abandonne le rinceau pour présenter une frise où se juxtaposent, sur un fond blanc, des groupes de fleurs, de feuilles à plusieurs folioles rouges et de fleurs de lys. C’est sans doute à ce dernier décor que se rattache le haut d’un buste de guerrier casqué et armé, moustachu et barbu : il se présente en faction à côté d’un placard mural qui possède, est-ce une coïncidence, une cache secrète dissimulée sous le rayon en bois du compartiment inférieur. Cette mise en scène n’est-elle pas à mettre en relation avec un rôle plus ou moins public que cette maison aurait pu jouer à la fin du Moyen Âge ?

Jean-Denis SALVEQUE,

Centre d’Études Clunisiennes

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